.Beautiiful-liar.Le mensonge n'est pas haïssable en lui-même, mais parce qu'on finit par y croire...

.Beautiiful-liar.Le mensonge n'est pas haïssable en lui-même, mais parce qu'on finit par y croire...
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[ Elle était belle à damner un Saint.. Mais menteuse à en faire jalouser Satan... ]

[ Elle vivait dans une perpetuelle mascarade...Aussi, usait-elle de nombreux artifices dans son quotidien... ]




Mais ce qu'elle n'avait pas envisagé, c'est qu'à trop jouer avec le feu, elle allait finir par se brûler...














Sophia Bush ... as ... Joyce Cooper

Milo Ventimiglia... as ... Liam Lodge

Jensen Ackles ... as ... Jayson Teague

Danneel Harris... as ... Faith Parker

Chad Michael Murray ... as ... Jake Johnson



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# Posté le vendredi 16 novembre 2007 18:24

Modifié le samedi 17 novembre 2007 10:56

Who could say what I gonna do?

Who could say what I gonna do?
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Los Angeles, Septembre 1999.


<< Elle avait fait son apparition dans ma salle d'attente - seule, avec cinq minutes de retard. Grande, élancée, une poitrine qu'il était difficile d'ignorer, des cheveux bruns : la puberté lui accordait un traîtement de faveur.
Quinze ans, mais je lui en aurais facilement donné vingt et l'aurais probablement abordée si je l'avais croisé dans une des nombreuses soirées auxquelles je me rendais assez souvent. Je lui aurais probablement fait des avances, pensais-je abruptement. Secouant négligeament la tête, je l'obervai discrètement. Elle était vêtue d'un débardeur noir et d'une mini jupe en jean très ajustée, à quoi s'ajoutaient des sandales à talons ridiculement hauts. Ses doigts, vernis d'un rose brillant, tenaient fermement un petit sac à main.
Lorsque les adolescents veulent se faire remarquer, le résultat est souvent d'une gaucherie comique. Joyce Cooper, elle, semblait parfaitement à l'aise dans sa façon d'afficher son corps.
Pommettes hautes, grande bouche soulignée de gloss rose, menton aux proportions parfaites, yeux verts lourdement maquillés et ombrés de fard à paupières - moqueurs. Le visage étonnament maquillé. Des tonnes de fond de teint. Un emplâtre étalé du front à la machoir, définitivement en trop grande abondance.
Le temps que je me présente, elle entrait dans mon bureau, avec de longues enjambées chaloupées sur ces talons ahurissants. Pas de dos rond comme la plupart des adolescentes : elle se tenait droite, la poitrine conquérante. Une fille superbe, qui gâchait sa beauté par l'excès de maquillage et le désir de se faire remarquer. Choisissant le siège le plus proche du mien, elle s'assit comme si elle était déjà venue cent fois.

_ Sympa la déco, me lança-t-elle.
_ Merci.
_ On se croirait dans une bibliothèque de vieux film.

Elle battit des cils, croisa et recroisa les jambes, se rengorgea de nouveau, bâilla, s'étira, croisa les bras devant elle, les laissa brusquement retomber sur les côtés : un festival de signes de vulnérabilité.
Je lui demandai pourquoi, d'après elle, elle était là.

_ Mes parents me trouvent nulle.
_ "Nulle" ?
_ Oui.
_ Et à ton avis ?

Rire moqueur, crinière rejettée en arrière d'un geste vif.

_ Peut-être.

Elle traîna sur la dernière syllabe, haussa les épaules puis bailla.

_ Bon... si on en venait à ce qui ne va pas dans ma tête ?

À le prise du rendez-vous, sa mère avait affirmé à ma secrétaire qu'elle n'avait jamais suivi de psychothérapie, mais sa désinvolture m'en fit douter. Je lui posai la question.

_ Non, jamais. La psychologue scolaire a essayé de me parler une ou deux fois.
_ De quoi ?
_ De ma désinvolture en cours.
_ Avec succès ?

Elle rit.

_ Bien sûr ! Bon, prêt pour ma névrose ?
_ Névrose, répétai-je.
_ On a psycho au programme cette année. Le cours est tellement idiot ! Prêt ?
_ Si toi tu l'es.
_ Tout à fait ! Parce qu'il s'agit de ça, pas vrai ? Je suis censée vous recracher tous mes secrets obscurs et profonds.
_ Il ne s'agit pas de ce que tu es censée...
_ Je sais, je sais, m'interrompit-elle. C'est ce que tous les psy disent toujours : personne ne va te forcer à quoi que ce soit.
_ Tu t'y connais en psys.
_ Pas mal. Je lis beaucoup. D'ailleurs, sans vouloir vous offusquer, vous me paraissez bien jeune pour être dans le métier.

Nouveau battement de cils.

_ Si c'est ce qui te rend si mal à l'aise, je peux t'assurer que j'ai toutes les qualifications requises.
_ Mal à l'aise, répéta-t-elle avec un petit sourire en coin. Vous analysez vraiment tous mes faits et gestes ?
_ Cela fait parti de mon métier.

Elle haussa les épaules, concentrant son regard sur mes étagères. Elle tapait nerveusement du pied; nouveau signe de malaise.

_ Alors, tu aime lire ?
_ Oui... Comme si cela pouvait vous faire quelque chose...

Elle leva les yeux au ciel. Je ne répondis pas.

_ Ca aussi, reprit-elle. L'autre truc des psys : vissés sur leur siège à vous dévisager. À dire "Ah ah" et "Mmm mmm". À répondre aux questions par d'autres questions. Je me trompe ?
_ Mmm mmm.
_ Très spirituel ! Vu le prix que vous prenez, je ne vais pas vous voir indéfiniment. Et je parie qu'il va vous appeler pour s'assurer que je suis venue et que j'ai fait du bon boulot, alors allons-y.
_ Ton père est un homme impatient ?
_ Oui. Donc, soyez gentil, mettez-moi une bonne note, d'accord ? Dites-lui que j'ai été bien sage. Je n'ai pas besoin qu'il me tombe encore dessus.
_ Je lui dirai que tu y a mis du tien...
_ Dites-lui ce qui vous chante.
_ Mais je n'entrerai pas dans les détails car...
_ Secret professionnel, mais oui, je sais. Aucune importance. Dites-leur tout.
_ Pas de secret pour papa et maman ?
_ À quoi bon ? N'importe comment, je n'ai pas de supers secrets. Ma vie est d'un ennui à périr. Désolée pour vous... Essayez de ne pas vous endormir.

Elle m'adressa un sourire infiniment las.

_ Donc, lui dis-je, ton père veut que tu règles vite ton problème ?

Pas de réponse concrète, uniquement un haussement d'épaules.

_ Que te demande-t-il de faire ici, Joyce ?
_ De me reprendre, d'être une fille sérieuse... une gentille fille quoi !

Elle se mit à rire, passa une jambe sur l'autre, posa une main sur sa cuisse.

_ Sérieuse, répétai-je. Par rapport à quoi ? À la drogue ?
_ Ils sont complètement parano là-dessus, comme sur tout le reste. Alors que lui, il boit.
_ Il. Tu parle de ton père ?
_ Qui d'autre ?

Sourire railleur.

_ Bien. Et boit-il régulièrement ?
_ C'est la petite douceur après le dîner. "Je suis assez grand pour ne pas tomber dans l'excès, Joyce." Mais moi, je n'ai pas le droit de toucher à l'alcool avant mes dix-huit ans. Comme si ça me viendrait à l'idée! Mais je ne suis pas censée parler de ses mauvaises habitudes, c'est moi qui doit changer.
_ Changer comment ?
_ Ranger ma chambre, récita-t-elle. Faire les corvées qu'on me demande ; me dépêcher d'être prête le matin, arrêter d'être vulgaire. Aller en cours et écouter les profs, améliorer mes notes, cesser de ne pas respecter le couvre-feu, avoir des copines bon genre, pas des traînées.

Elle fit tourner sa main comme si elle rembobinait du fil.

_ Et je suis censé t'amener à faire tout ça ?
_ Paul dit que c'est sans espoir, que vous n'y arriverez jamais.
_ Paul.

Son regard s'éclaira d'une lueur espiègle.

_ Encore une chose que je ne suis pas censée faire. L'appeler par son prénom. Il déteste ! Ca le rend dingue !
_ Donc, tu vas continuer.
_ Qui peut dire ce que je vais faire ?
_ Comment réagit-il quand tu fais des trucs qui l'exaspèrent ?
_ Généralement, il m'ignore.
_ A-t-il des passe-temps ?

Elle joua avec ses cheveux.

_ Dites, vous l'analysez lui, ou moi ?

Je ne lui répond pas, me contentant de continuer à la dévisager. Saisissant son minuscule sac, elle en ouvrit le fermoir, inspecta l'intérieur et le referma avec un bruit sec. Elle se posa sur le rebord de son siège.

_ J'en ai encore pour combien de temps ?
_ Une demi-heure.

Elle rouvrit son sac, en sortit un poudrirer compact et vérifia son reflet.

_ Une demi-heure, répéta-t-elle. J'ai donc droit à une demi-heure de problèmes. Vous voulez tous les entendre ?
_ Bien sûr.

Elle se lança dans une longue tirade monotone sur les copines archinulles qui lui collaient au baskets, sur les ex-copains archinuls qui étaient assez bêtes pour se croire toujours dans ses petits papiers, sur les profs archinuls qui n'en savaient pas plus que leur élèves, sur les sorties archinulles, sur le monde nul à chier..
Le discours dûment répété du témoin, débité d'un ton monocorde et d'une seule traite. Le regard qui se pose partout, sauf sur moi.

_ Bref, le monde entier t'exaspère, dis-je quand elle eut fini.
_ Vous avez compris le topo... Et là, il me reste combien ?
_ Vingt-cinq minutes.
_ Putain. Tant que ça ? Vous devriez avoir une pendule, ici. Les gens sauraient où ils en sont.
_ En général, ils préfèrent ne pas savoir.
_ Pourquoi ?
_ Ils ne veulent pas voir le temps passer.

Elle m'accorda un sourire amer, se tortilla encore plus sur son siège.

_ Moi, je veux partir plus tôt. S'il-vous-plaît! Je peux partir ?
_ Joyce, je ne te force pas...
_ Mais si je file, vous allez le dire à mes parents, pas vrai ?
_ Ecoute, lui dis-je, c'est l'affaire de vignt minutes. Puisque tu es là, pourquoi ne pas les mettre à profit ?

J'attendais des protestations, mais elle ne bougea pas et fit seulement la moue.

_ C'est pas juste. Je vous ai tout dit. Il n'y a rien qui ne tourne pas rond chez moi.
_ Je n'ai pas dit ça, Joyce.
_ Alors ?
_ J'aimerais te connaitre mieux...
_ Je n'en vaux pas la peine, d'accord ? Voilà, vous savez déjà tout sur moi... Ca n'a rien de passionnant.

Je laissai quelques secondes s'écouler.

_ Joyce, est-ce que tout va vraiment aussi bien pour toi que ça pourrait l'être ?

Elle m'étudia sous ses cils noirs empâtés de mascara, tendit de nouveau la main vers son sac et y prit un paquet de cigarettes.
Quand elle sortit un briquet, je hochai la tête.

_ Oh, allez...
_ Désolé.
_ Comment pouvez-vous faire un truc pareil ? Les gens qui viennent ici sont complètement stressés ! Il ne s'en plaignent pas ?
_ Je vois surtout des enfants et des adolescents, lui expliquai-je.

Elle eu un rire bref, froid.

_ Tous les ados que je connais fument. Vous êtes allergique ou quoi ?
_ Certains de mes patients le sont.
_ Pourquoi tout le monde doit-il souffrir à cause de quelques-uns ? Ce n'est pas de la démocratie !
_ C'est de la considération.
_ Très bien !

Elle fourra le paquet dans son sac d'un geste excédé.

_ J'en ai encore pour combien de temps maintenant ? >>





Ce fut le dernier quart-d'heure où je la vis ; elle ne vint pas aux rendez-vous suivants...




# Posté le vendredi 16 novembre 2007 18:25

Modifié le lundi 31 décembre 2007 11:35

You're wrong. People forget a lot of thing. And people too. And that, very easily.

You're wrong. People forget a lot of thing. And people too. And that, very easily.
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New-York, Novembre 2007.


Impatiente et excitée. Depuis près de cinq ans, alors qu'elle travaillait ici chaque soir de la semaine, Savannah Leto était toujours dans le même état d'esprit avant de monter sur scène. Elle sentait son ventre se contracter, son abdomen s'alourdir et sa respiration s'affaiblir. Mais elle n'avait qu'une envie : se donner en spectacle pour pouvoir à nouveau respirer.
Elle se regardait à nouveau dans le grand miroir en face d'elle, scrutant minutieusement son apparence, cherchant le moindre détail invraisemblable. Après quelques secondes, elle offrit un sourire de satisfaction à son propre reflet ; elle était impeccable.




<< J'était invité à un anniversaire. Celui d'un radiothérapeute qui fêtait ses quarantes ans. Mes contacts avec le héros de la fête - un solitaire bourru et totalement dépourvu d'urbanité - s'étaient limités à quelques échanges guindés et stériles sur les soins aux malades et je me demandais pourquoi diable on m'avait convié aux festivités. Peut-être que n'importe quelle tête pouvait l'aider à mieux accepter la réalité.
Des têtes, il n'en manquait pas quand j'arrivai avec un certain retard. Le club en imposait par ses dimensions : une véritable enfilade de pièces à éclairage tamisé et moquette noire dans lesquelles se pressaient des mâles en sueur. On étouffait.
Des vestes et des cravates s'amoncelaient sur un canapé près de la porte, sous une pancarte de fortune qui spécifiait "ON SE DECONTRACTE !" Je me frayai un passage à travers les gros rires chargés de testostérone, les bourrades amicales distribuées au hasard, le brouillard bleu de la fumée de cigares et la jubilation forcée par des toasts trop arrosés.
Je me laissai parter par le flot et découvris des quantités de regards appréciateurs fixés sur l'écran géant que le club avait exceptionnellement fixé sur un des pans de mur.
Des clichés de nus plus grands que nature. Corps qui s'imbriquent, se contorsionnent et se heurtent. Autour de moi, les types n'en pardaient pas une miette, fascinés et faussement décontractés. Je m'éloignai sans trop savoir quoi faire de moi, me demandant ce que je fichais là, ce qui me retenait de filer.
Fortement charpenté, visage rubicond et chope de bière presque pleine à la main, un cadre du service financier nommé Nott grimpa sur le podium. Ses lunettes avaient glissé sur son nez bourgeonnant : quand il les remonta, la bière déborda et la mousse éclaboussa la moquette.

_ Vas-y, Jim, saute ! cria une voix.
_ Dope-toi les neurones, Jim !
_ Heureusement que t'es pas chirurgien !

Nott tituba légèrement et sourit.

_ Du calme, du calme. Regardez-moi un peu ce bordel... C'est une partouze ou quoi ?

Acclamations, sifflets, coups de coudes rigolards, verres vidés cul sec.
Nott se frotta les yeux et le nez, fit le salut militaire, renversant un peu plus de bierre.

_ Puisque nous sommes tous des gens sérieux et qui ne plaisantent pas... qu'il ne nous est jamais venu à l'idée d'abandonner Dieu, nos épouses, notre pays et nos obligations morales sauf en cas d'EXTRÊME urgence...

Nott fit une pause, laissant des rires tapageurs se répandrent parmis la foule d'invités.

_ Remercions le Seigneur, reprit-il, de nous trouver précisément dans une sacrée fouttue situation d'urgence, mes frères ! À savoir la crise de la quarantaine du docteur Green ! Allez Ted, viens me rejoindre ! Bordel Ted, ramène ton cul !

Aucun signe du quadrigénère.

_ Le docteur Rayon-de-la-mort ! Je répète : le docteur Rayon-de-la-mort ! Allons Ted, ne fais pas la gamin, surtout à ton âge...

Nouveaux rires. Puis le choeur, sur l'air des lampions : "Ted, Ted, Ted, ..."
Enfin : "Le voilà !"
Il y eut un tonnerre d'acclamations, l'assitance ondula, et Ted Green, cramponné à un verre de martini, fut ejecté de son cocon protecteur et fermement propulsé à côté de Nott, sur la scène.
Ce dernier lui asséna une claque dans le dos. Ted plia et tenta d'avaler une gorgée de martini. La plus grande partie du liquide lui attérissant sur le menton, il s'essuya avec sa manche.

_ Procédure stérile ! cria une voix. Appelez les infirmières, bordel !
_ Putain de bouillon de culture, oui !

Nouvelle tape dans le dos. Ted tenta de sourire.

_ Dis donc, Ted, mon vieux - et quand je dis VIEUX, je le pense - et à ce propos, il serait peut-être temps de perdre son pucelage !

Gloussement dans l'assistance. Ted sourit, mais baissa la tête.

_ Alors, Teddy, t'as assez à boire ? demanda Nott.
_ Oui...
_ Parce que personne ici n'a envie que tu te mettes en rogne et que tu nous balance ton fouttu rayon de la mort sur la gueule, mon petit Ted.

Assentiment bruyant. Ted eut un sourire idiot.

_ C'est aussi pour ça que personne n'a envie d'être là non plus quand on t'apportera la note !

Eclair de panique dans les yeux de Ted. Nouvelle tape de Nott.

_ Ah, ça t'as fichu la trouille hein? Non, tout est pris en charge... prélevé sur les comptes des patients ! Navré, pas de transplantation ce mois-ci pour les malades bénéficiant de la gratuité des soins !

Tonnerre de rires.
Nott s'empara du bras de Ted.

_ Et maintenant, le plat de résistance, Teddy. T'es sûr d'être repu ?
_ Tout à fait sûr, Jim.
_ Hum... Je n'en jugerais pas.

Il lui adressa un sourire carnassier puis fit un grand geste du bras. Sur le moment, rien ne se passe ; puis les lumières baissèrent et la musique enfla derrière l'écran de télévision géant. Un rythme entêtant se faisait entendre. Nott descendit de la scène, laissant le pauvre Ted jeter dans regards surpris à ses invités.
Ces derniers se taisaient, contemplant la femme qui venait de faire son entrée dans la pièce, derrière Ted. Une autre femme arriva. Vêtues en longs trenchs noirs, elle prirent position de part et d'autre de Ted.
Jeunes, ces femmes : relativement grandes, bien fichues, de vraies pouliches, juchées sur des talons aiguilles. Tout sourires, elles ondulèrent des hanches, projetèrent leur bassin en avant d'un mouvement saccadé, donnèrent les coups de reins exagérés des danseuses chevronnées. Une des filles avait un masse de cheveux longs, blonds doré. Ceux de sa partenaire, d'un noir jais, étaient coupés comme ceux d'un garçon.
Frémissantes et synchronisées, elles se collaient à Ted, lui caressant le cou, l'embrassaient sur les joue, lui donnant des coups de hanches. Le désir et la peur déformait les traits du thérapeute. Elles se trémoussaient avec des cris, laissant le public les regarder avec envie.
Les trenchs tombèrent ; les filles portaient le même harnachement : bustier de cuir noir, string, porte-jaretelles et bas résille également noirs.
Plusieurs séries de déhanchements lassifs. Je regardai, comme tout le monde, bénéficiant d'une vue de profil de leurs poitrines plantureuses, et entendant les filles glousser et pouffer tandis qu'elle continuaient d'asticoter Ted. La blonde lui chatouilla le menton, se plaqua contre lui, lui passa la main dans les cheveux, l'ébouriffa. La brune s'empara de son visage, l'embrassa longuement et avec autorité sur la bouche tandis qu'il essayait de se dégager, ses bras battant l'air. Soudain, il succomba au baiser, entrant dans le jeu.
J'allai jusqu'au bar, où je pris un cocktail, et je m'y adossai, reportant mon regard sur le podium. Les deux hauts de bustiers glissèrent et remontèrent tour à tour avant d'être dégraphés et jetés aux spectateurs. En un éclair, chacun de leurs vêtements attérirent dans les mains des hommes en transe. Elles étaient maintenant nues. Je me retournai, tournant le dos au spectacle : voir ces filles executer un numéro de charme devant un assemblé d'hommes en chaleur ne me tentait pas. Je descendis plusieurs verres avant que le petit spectacle ne prit fin. Les strip-teaseuses avaient disparues mais plusieurs femmes étaient maintenant présentes parmis la foule d'invités.

_ Bonsoir Doc'.

Voix douce et suave. Je tournai la tête pour voir à qui elle appartenait. C'était celle d'une jeune femme brune, aux cheveux négligeament relevés. Elle portait un haut de soie sombre et une jupe dans les mêmes tons, dévoilant ses longues jambes aux yeux de tous.
Elle haussa un sourcil et sourit. Son regard, envoûtant, ne lâchait pas le mien.

_ Hé, ça ne vous étonne pas que je sache que vous êtes toubib ? remarqua-t-elle.
_ Parmis tous les hommes présents ici ce soir, nous sommes quasiment tous docteurs, expliquai-je.

Petit haussement d'épaules.

_ Je vous offre un verre ?
_ Subtil ! murmura-t-elle.
_ Je vous demande pardon ? m'étonnai-je.

Battement ce cils.

_ Trouvez-vous que j'ai une tête à boire ?
_ Je n'ai en aucun cas insinué une telle chose, marmonai-je. J'essayais simplement de vous inciter à vous assoire sur ce tabouret qui est à côté du mien.
_ Escusez-moi, vous êtes quel genre de docteur au juste ?
_ Psychothérapeute. Je suis le Docteur Lodge.

Elle esquissa un léger sourire puis prit place sur le tabouret que j'avais désigné quelques secondes plus tôt. Elle posa son petit sac sur le comptoir et me dévisagea.

_ C'est assez inatendu de voir un psy en train de boire.
_ Je suis un être humain, il m'arrive de boire ! De fumer ! D'être grossier aussi ! Putain de stéréotypes !

Elle rit à gorge déployée puis replaca une mèche de ses cheveux qui pendait derrière l'oreille.

_ Vous me surprenez beaucoup Docteur Lodge !
_ Appelez moi Liam.
_ Bien. Tenez, Liam, puisque vous êtes psy vous allez peut-être pouvoir m'expliquer quelque chose...

Elle sortit un paquet de cigarettes de son sac à main et en alluma une.

_ Pourquoi demandons-nous à des inconnus de nous appeler par notre prénom ? reprit-elle. C'est une chose assez personnelle, non ?
_ Justement, n'est-ce pas sensé installer une certaine confiance entre les deux locuteurs ?
_ Mais pourquoi faire ça ? insista-t-elle. Généralement, ces gens ne se revoient quasiment jamais. Pourquoi installer un tel climat si nous savons pertinement que ce sera éphémère ?
_ Comment se rappeler d'une personne lorsqu'on ne sait pas son prénom ?
_ Navrée Liam mais pensez-vous sincèrement que les souvenirs que nous conservons de certaines personnes rencontrées dans le passé resteront authentiques jusqu'à la fin de notre vie simplement parce que nous avons connu ces personnes à un moment précis et que nous pouvons mettre un nom sur leur visages ?
_ Les gens peuvent changer, je vous l'accorde. Mais serions-nous vraiment incapable de reconnaitre quelqu'un dont nous avons connu le nom ?

Elle haussa les épaules et avala une longue bouffée de nicotine.

_ Vous seriez surment très surpris si je voux expliquais pourquoi vous avez tort. Les gens oublient énormément de choses. Et de personnes. Et ce, très facilement.
_ Ecoutez, dans un autre contexte, j'aurais peut-être pu vous démontrer que c'est vous qui avez tort mais là, ce soir, je ne travaille pas : je me contente de boire.
_ Et d'essayer de me séduire.
_ N'est-ce pas plutôt l'inverse ?
_ Très bien Doc', vous avez peut-être raison ! Allons ! Et si nous finissions la soirée ailleurs ?

Petit balancement de la tête, sourire en coin et regard qui se veut faussement innocent. Je ne put m'empêcher de sourire.

_ Vous me prenez pour un homme facile ?
_ Ai-je tort ?

Sa voix laissa s'y déceler une once d'autorité.

_ Peut-être pas... répondis-je en me levant.

Elle s'empara rapidement de son sac à main et se leva, passant devant moi.
Avant de lui emboîter le pas, j'observai sa démarche ; elle était pleine d'assurance, de droiture et de classe.
Une épine me perça le coeur.

_ Dites, vous ne m'avez pas dit votre prénom...

Elle s'arrêta et me fit face. Son visage avait perdu son expression sournoise, remplacée par... un sourire écoeuré. Elle me fixait. Je crus la voir m'adresser un signe de tête imperceptible - comme pour nier... Mais nier quoi ?

_ Savannah. Je suis Savannah, articula-t-elle.

Je ne répondis pas, le coeur battant à tout rompre. Quant à elle, elle semblait reprendre contenance : elle avait reprit son air taquin et fit de nouveau un haussement d'épaules.

_ Allez Liam, allons-nous amuser ! >>



# Posté le dimanche 25 novembre 2007 08:01

Modifié le samedi 28 juin 2008 16:51

I killed a man.

I killed a man.
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Manuelo Lopez retrouvé mort. La police pense qu'il s'agit d'un tueur à gages.
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La police a confirmé ce matin que le témoin de l'accusation, Manuelo Lopez a été trouvé sans vie, ce matin, dans son vaste appartement New-Yorkais. ............................................................
Les enquêteurs indiquent qu'une arme à feu -munie d'un silencieux à en juger l'impacte de la balle- a été utilisée. Le coup a été porté en pleine tête.
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Le manque de témoin rendrait cette enquête particulièrement difficile. La police n'a absoluement aucun indice sur l'apparence du tueur, personne ne l'ayant vu sur les lieux du crime.
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Manuelo Lopez, 43 ans, était un cubain expatrié, ou plutôt "exporté" par Fidel Castro, comme tant d'autres criminels à la fin des années 80. Lopez avait passé toute sa vie dans le crime organisé...........................................................................................................................................
Il s'était très vite acoquiné avec Bobby Falconetti et Sonny Mazur pour former le trio de trafficants de drogues le plus connu de Miami. On estime qu'ils ont passé plusieurs tonnes de cocaïne en provenance des Bahamas dans les années 90. Ils se sont ensuite installés à New-York, où ils tenaient un réseau très important et très rentable.
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Manuelo Lopez était recherché par le FBI pour le meurtre de Greg Zugowski, un témoin gênant pour le trio. Ce dernier était un résidant de New-York City. Lopez avait fini par se rendre après une cavale de plusieurs mois et bénéficiait du programme fédéral de protection des témoins. ...
Plus de 20 000 personnes ont déjà bénéficié de ce programme de protection aux Etats-unis, entré en vigueur dans les années 70, et dont Greg Zugowski faisait aussi partie. ......................
Aussi, cette fin de vie est pour le moins des plus ironique. [...] ........................................................
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Selon certaines sources, les enquêteurs pencheraient vers la thèse d'un règlement de compte, suite au traffic de drogue dont s'occupait la victime......................................................................
L'idée d'un complot, qui aurait eu pour objectif de maquiller cet assassinat en meurtre mafieux, reste tout de même plausible. ......................................................................................................
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Quoi qu'il en soit, le coupable est parvenu à ses fins et c'est maintenant dans un épais brouillard que la police tente de faire avancer l'enquête. .............................................................
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<< Le journal s'écrasa dans un bruit sec contre le comptoir de marbre devant lequel je me tenais debout.
Un trafficant de drogue qui tue un témoin gênant avant d'être lui-même assassiné ! Et le tout, sous la surveillance de l'Etat... Mais où va le monde... ? songeai-je.
Je terminai d'avaler mon café avant de remettre en place ma tasse et d'aller me préparer. Il était presque 8h et, pour la première fois depuis le début de ma carrière, j'étais en retard.
En arrivant sur le seuil de la porte de ma chambre, je m'immobilisai. Le silence et le calme absolu régnait dans cette pièce où, quelques heures plutôt, avaient eu lieu des ébats bruyants et intenses. Ma partenaire s'était avérée être tant exigeante qu'insatiable. Aussi, après avoir fait plusieurs fois l'amour, je m'étais endormi mais, à mon réveil, elle n'était plus là. Seul un petit papier où figurait un "À un de ces quatres, Doc'!" et le désordre qui régnait dans la pièce me permettaient de me garantir la véracité de ce qui s'était passé quelques heures plus tôt, d'être certain que tout cela n'avait pas été un simple rêve.
Je ne connaissais que très peu cette Savannah mais cette nuit passée auprès d'elle m'avait suffit pour déceler en elle un grand nombre de contradictions. Elle avait éveillé ma curiosité. Si elle avait été une de mes patientes, il lui aurait probablement fallu plusieurs années de thérapie pour pouvoir enfin s'ouvrir sincèrement.
La sonnerie de mon téléphone me rappela à l'ordre et je décrochai. C'était ma secrétaire : mon premier patient de la journée était déjà arrivé tandis que je n'étais pas encore parti de chez moi.

Il était près de 16h30 et mon dernier patient venait de quitter les lieux, ainsi que ma secrétaire et je me retrouvais donc seul dans mon cabinet. Je ne recevais jamais aucun patient au-delà de 16h30, c'était ma règle d'or. Néanmoins, je ne rentrais pas chez moi avant 19h : je travaillais mes dossiers avec attention et passion jusqu'à cette heure-là.
J'étais en train de revoir un dossier d'un de mes patients, atteint de schizophrénie, quand la sonnette se fit entendre. Je fronçai les sourcils tandis que je reposai patiemment le dossier et repoussais mon fauteuil avec calme. Je sortis de mon bureau et allai jusqu'à l'accueil. De là, la porte d'entrée vitrée était en plein champ de vue et un homme attendait. Il était dans un grand état d'agitation. Les paupières qui clignaient sans cesse, la jambe battante, la bouche crispée qui tirait de longues bouffées de nicotine. Son regard tomba alors sur moi et l'homme me fit un signe de la main. Intrigué, j'allai lui ouvrir la porte.

_ Bonjour Monsieur. Vous souhaitez obtenir un quelconque renseignement ?
_ J'suis juste là pour causer !
_ Eh bien, je ne reçois plus aucune visiste à cette heure-ci. Ma secrétaire a terminé sa journée mais je peux moi-même vous donner un rendez-vous le plus rapidement possible, si vous le désirez.
_ J'ai pas l'temps d'attendre. Il m'faut pouvoir parler, c'est urgent !

Il se racla bruyament la gorge.

_ Vous voulez bien m'écouter maintenant s'vous plaît ?

Il jeta son mégot de cigarette à l'extérieur, sur les marches du péron.
Nouveaux clignements de paupières et main passée nerveusement dans ses cheveux.
Il sortit enfin un paquet de sa poche et porta une nouvelle cigarette à sa bouche.

_ Ecoutez Monsieur, je veux bien faire une exception pour cette fois-ci seulement et vous recevoir maintenant mais, s'il-vous-plaît, ayez l'obligeance de reposer cette cigarette et de ne pas fumer à l'intérieur de mon cabinet.
_ Comme vous voulez Doc' ! ricanna-t-il avant d'obéir.

Un poids m'opressa la poitrine. Doc'... Cette Savannah ne m'avait apparament pas seulement laissé le souvenir d'une nuit mémorable. Elle semblait m'avoir laissé une marque à l'intérieur de moi-même. Peut-être était-ce simplement car l'événement était tout récent ? Ou alors était-ce ainsi que cela allait se passer dorénavent ? Sa simple façon de parler allait m'encombrer l'esprit dès qu'un de mes patients ou une quelconque autre personne allait employer certains termes ?

_ Dites, ça roule ? s'étonna l'inconnu.
_ Je vous demande pardon ?
_ J'sais pas, vous aviez l'air ailleurs... marmonna-t-il.
_ Excusez-moi. Suivez-moi, nous allons nous installer dans mon bureau, nous y serons mieux pour travailler.

Une fois qu'il s'était assis à l'une des extrémités du sofa et que je m'étais installé dans mon fauteuil, l'homme sembla se décontracter. Il s' appuya contre l'épais coussin molletonné qui servait de dossier et joignit ses mains derrière sa tête.

_ C'est sympa ici, vraiment relax' ! lâcha-t-il.
_ Vous avez besoin de détente ?
_ Et pas qu'un peu !

Rire bref.

_ Mais étant donné mon style de vie, la détente est un luxe que j'peux que rarement m'permettre.
_ Qu'entendez-vous par-là, ... ?
_ Jayson. Je m'appelle Jayson.
_ Très bien, Jayson. Alors, que voulez-vous dire par votre style de vie, Jayson ? Avez-vous un emploi difficile ? questionnai-je, tout en griffonanant dans mon bloc-notes.

Il détacha ses mains et en laissa une retomber sur l'accoudoir, gardant la deuxième à l'arrière de son crâne. Ses doigts battaient en cadence. Il lâcha un soupir. Apparament, le sujet semblait... quelque peu glissant.

_ Jayson?
_ Dites, votre histoire du secret professionnel, c'est pas d'la connerie hein ?
_ Vous pouvez avoir parfaitement confiance en moi, Jayson. Le principe du respect du secret professionnel est un des fondements absolus de l'action du psychologue, comme le rappellent de nombreux articles du Code de la déontologie. Je me dois de respecter cela, lui dis-je en le regardant dans ses yeux fuyants. Quoi que vous ayez à dire, Jayson, vos paroles ne sortiront en aucun cas de cette pièce. Je vous écoute.
_ Très bien.

Le bruit de battement qu'exercaient ses doigts contre l'accoudoir stoppa promptement. Ses deux mains étaient à présent posées sur ses cuisses. Son regard vint se planter dans le mien.

_ J'ai buté un mec.

Il m'avait avoué cela avec une désinvolture totale très troublante. Je n'étais même pas sûr d'avoir saisi le sens de sa phrase.

_ Vous avez buté un mec, répétai-je
_ Ouais, c'est c'que j'viens de dire.
_ Etait-ce un accident ? demandai-je, tentant de cacher mon hébêtement.
_ Non.
_ Comment cela s'est-il produit Jayson ?
_ Je l'ai descendu avec un flingue, si c'est c'que vous vouliez savoir.
_ Pourquoi avoir fait cela ? Est-ce votre travail ?

Son regard ne me lâchait pas. Pour la première fois depuis le début de ma carrière, je ne me sentais pas à l'aise face à un de mes patients. Je cilla des paupières puis regardai mon bloc-notes. Jayson semblait de plus en plus à l'aise face à moi et à ses propos.

_ Mon job, c'est d'fournir mes clients, pas de descendre des gars, m'expliqua-t-il.
_ Depuis combien de temps êtes plongé dans le monde de la drogue, Jayson ?
_ Depuis environ... onze ans.
_ Quel âge avez vous ?
_ Vingt-sept ans.
_ Que s'est-il passé dans votre adolescence Jayson ? Pourquoi avez-vous commencé à flirter avec cet univers ?

Rire sec.

_ J'suis pas de issu des bons quartiers. Le Bronx, ça vous parle ?
_ Bien entendu.
_ Mon père s'est tiré quand j'avais deux ans. Ma mère pouvait pas m'laisser tout seul alors il a bien fallu qu'elle trouve un boulot minable dans le quartier, sans parler du taudis dans lequel on vivait. J'suis allé à l'école, au début. Mais plus les années passaient, plus ma mère se faisait du soucis pour moi, mes études et mes fréquentations. Je devais avoir quatorze ans lorsque j'ai rencontré Sonny. Il était, depuis des années, mon modèle. C'était un truand, tout le monde le craignait dans le quartier. Mais pas moi. Moi, je l'admirais.
_ Pourquoi lui témoigniez vous de l'admiration ?
_ J'sais pas. J'le trouvais simplement très classe.
_ Vous m'avez dit avoir commencé le traffic de drogue dès l'âge de seize ans. Pourtant, lorsque vous avez enfin rencontré Sonny, vous aviez seulement quatorze ans, dis-je en jetant un rapide coup d'oeil à mes notes. Que s'est-il passé durant ces deux années, Jayson ?
_ Ma mère est tombée malade et a été forcée d'arrêter de travailler. J'ai donc du laisser tomber l'école pour me chercher un job. J'avais du mal à gagner suffisament d'argent pour payer toutes les factures, vous comprenez ? Pendant deux ans, j'ai quand même bosser dans un garage pourri... deux ans ! Mais finalement, ma mère était de plus en plus malade, il y avait les frais d'hôpital à payer et Sonny a eu vent de nos problèmes. C'est là qu'il m'a proposé de travailler pour lui.
_ Je vois. Qu'en a pensé votre mère ?
_ Pas grand chose : elle n'était au courant de rien, elle ne vivait plus à la maison mais dans une chambre d'hôpital.
_ Et lorsqu'elle est revenue chez vous ?
_ Elle n'a pas eu le temps. Elle a terminé ses jours au Centre hospitalier municipal du Bronx.
_ Qu'avez-vous ressenti après cela ?

Jayson soupira et ses yeux se rivèrent sur le bout des ses chaussures noires.

_ Etiez-vous en colère ? Contre l'Etat, qui n'aide pas financièrement ses citoyens lorsqu'ils sont malades et dans le besoin ? Contre votre père, qui vous avait abandonnés des années plus tôt sans rien vous laisser ? Contre vous même, qui vous étiez montré faible et vous étiez ouvert au monde des traffics de drogue ? interrogeai-je.

Il se redressa brusquement, croisant ses bras et appuyant ses coudes sur ses cuisses entre-ouvertes.

_ Dites, c'était pas du tout dans mon intention de parler de ma jeunesse, d'accord ? J'suis pas là pour ça.
_ Pourquoi n'aimez-vous pas parler de votre passé. Pourquoi ? Est-ce parce que c'est durant votre adolescence que vous avez du faire certains choix qui vous ont, aujourd'hui, menés droit dans le mur ?
_ J'me suis pas planté dans un mur ! se défendit-il.
_ Vraiment ? Jayson, vous avez assassiné un homme. Que ressentez-vous à ce propos ?

Il scruta chacun de mes murs avant de redresser une manche de sa chemise pour consulter sa montre.

_ Au moment ou j'ai appuyé sur la gachette, j'ai ressenti un malin plaisir, une puissance extrême. Une fois que le mec s'est pris la balle dans l'cerveau, j'étais frustré. Tout s'était passé si vite. Cet après-midi, j'ai éprouvé le besoin d'en parler à quelqu'un, je voulais partager ça avec quelqu'un et c'est maintenant chose faite. J'me sens bien.
_ Pourquoi avez-vous tué cet homme Jayson ?
_ Il avait un buisness avec Sonny et un autre type.
_ J'ai cru comprendre cela en lisant le journal ce matin, acquieçai-je.

Il se leva du sofa et se mit à faire les cent pas.

_ Jayson, n'ayez aucune crainte. Je suis à votre écoute et ne révèlerai absolument rien.

Il tourna la tête en ma direction et me lanca un sourire qui paraissait presque sympathique.

_ Vous savez, j'fréquente une fille depuis quelques temps... Elle est vraiment spéciale.
_ Spéciale, répétai-je. Pourquoi cela ?
_ Elle veut pas qu'on vive ensemble mais elle veut pas qu'on se sépare pour autant.
_ Peut-être est-ce trop tôt pour elle. Ou encore peut-être a-t-elle peur de l'engagement. Depuis combien de temps vous fréquentez-vous ?
_ Depuis environ deux ans, souriat-il.
_ Sait-elle que vous revendez de la drogue, Jayson ?

Il se rassit tranquillement sur le sofa.

_ C'est comme ça qu'on s'est rencontrés.
_ Je vois. Allez-vous lui parler de ce qui s'est passé avec Manuelo Lopez ?
_ C'est hors de question ! s'exclama-t-il.
_ Jayson, pourquoi avez-vous tué cet homme ?

Les ailes de ses narines se mirent à frémir et son regard qui, auparavant, s'était adouci devint glacial.

_ Avez-vous entendu parlé des cravates colombiennes Doc' ?

Un frisson me parcourut l'échine.

_ Eh bien, oui. Cela consiste à trancher la gorge de la victime puis de faire ressorti la langue par l'entaille. C'est une torture.
_ Bien, bien. C'est exactement ça.

Il humidifia ses lèvres avec un claquement sec.

_ C'est ce que cet enfoiré de mes deux lui a fait !
_ À qui a-t-il fait cela ?
_ Ma... ma petite-amie de l'époque. Vous comprenez, elle venait d'une famille de flics. Elle et moi, c'était du sérieux. Je devais m'en sortir, on devait construire notre vie ensemble.

Main passée rapidement dans les cheveux.

_ Elle m'aimait, reprit-il. Elle s'en fichait que j'sois dealer, elle disait que c'était pas important, qu'elle croyait en moi et que j'allai recommencer une vie meilleure, ailleurs. Elle m'aimait... Sonny, il le savait ! Il le savait ! J'lui ai dit que j'allais partir, que j'allais abandonner les traffics. Quelques jours plus tard, Taylor était retrouvée morte. Auncun indice. Aucun témoin. Rien. La police n'a rien pu faire. Mais moi, j'savais très bien que sa mort n'était pas anondine.
_ Et même après cela, vous avez continué à travailler sous les ordres de Lopez ? m'étonnai-je.
_ J'savais pas bien qui avait commandité ce meurtre. J'savais pas lequel de ces enfoirés avait fait le coup. Alors j'ai continué à bosser pour eux. Pendant cinq putain d'années, j'ai continué ce fouttu merdier ! Et il y a quelques jours, Sonny s'est ramené chez moi. Il voulait m'causer. Et là, il a laché le morceau.
_ Qu'a-t-il dit exactement ?
_ Que Lopez n'avait pas bien pris la nouvelle de mon départ, surtout avec une fille de poulets. Je savais des choses bien trop importantes pour qu'on me laisse partir avec elle. Il paraît qu'il s'est alors mis à douter sur un max' de choses. Il a eu peur que Taylor soit au courant de certaines affaires alors...
_ Votre vie est riche en émotions Jayson. C'est regrettable que vous n'ayez pas songé à consulter avant.
_ À quoi bon ? Si j'suis ici, c'est juste parce que j'ai buté un type ! Mais après cette séance, c'est terminé, j'reviendrai pas, vous pouvez m'croire.
_ Jayson, je sais que c'est à vous de prendre ce genre de décisions mais je crois sincèrement que vous devriez revenir. Vous auriez besoin de plusieurs séances encore.
_ Et puis quoi encore !

Il se leva et ouvrit la porte de mon cabinet.

_ Dans le genre "dépenses extravagantes", ce rendez-vous est le seul et unique à l'être de toute ma vie.

Il revint vers moi tout en enfouissant une main dans sa poche et en ressortit de nombreux billets verts. Il me tendit 200$.

_ Vous me surévaluez, c'est beaucoup trop, souriai-je.

Il m'accorda un véritable sourire durant une fraction de seconde puis tourna les talons et sortit du bureau. Je le rattrapai dans la salle d'attente.

_ Votre petite-amie sait-elle votre passé Jayson ? Les problèmes que vous avez rencontrés dans votre jeunesse ?
_ Elle et moi, on a quand même eu un minimum de conversation !
_ Bien ! Et que penserait-elle du fait que vous soyez suivi ?

Il rit à gorge déployée.

_ Ecoutez, arrêtez d'perdre votre temps. J'aime pas rester enfermé, assis, à discuter de ma vie et surtout à ne pas pouvoir fumer. En tout cas, le coup de la petite-amie inquiète était bien trouvé mais j'peux vous dire que Savannah préférerait me savoir mort plutôt que de fréquenter un psy !

Il m'adressa un dernier regard puis s'engouffra dans le froid glacial des rues New-Yorkaises, allumant immédiatement une cigarette.

Savannah. Décidément, elle n'en avait pas encore fini avec moi et ma vie...


# Posté le vendredi 28 décembre 2007 05:59

Modifié le lundi 07 avril 2008 11:50